Reportage au Mas Franch, Espagne

LE MAS FRANCH

Une oasis expérimentale nichée au cœur des montagnes catalanes…

C’est dans la Garrotxa ( prononcez Garrotcha), dans le parc naturel des volcans,  blotti dans cette région volcanique et sauvage qui n’est pas sans rappeler l’Ardèche, que se  trouve le mas Franch : un beau  lieu  dédié à l’expérimentation en permaculture.

Nous venions y retrouver mon amie canadienne Erika et son compagnon Oscar… et nous en avons profité pour  tenter d’en apprendre plus sur leur façon d’expérimenter et de vivre.

Ce centre a une grosse capacité d’accueil et accueille des gens tout au long de l’année : individuels curieux, voyageurs en gite, groupes en séminaires… mais aussi des volontaires et des woofers qui viennent poser leurs bagages dans la ferme pour quelques temps. Certains s’arrêtent pour un jour et ne reprennent la route que quelques mois plus tard…

Nous y avons apprécié la tranquillité et la beauté de l’endroit, l’ouverture sur des gestes et des idées toutes simples mais qui vont dans le bon sens, les conversations dans toutes les langues ( bien que j’ai fini par ne plus savoir quelle langue je parlais…)

  • HISTORIQUE DU PROJET

Tony, le précédent propriétaire, avait des problèmes économiques sur son projet au mas Franch, mais ne voulait pas vendre la maison : son rêve était de créer un espace d’expérimentation et de partage. En septembre 2005, il appela donc plusieurs amis ayant une expérience en permaculture ou dans l’engagement (associatif et militant). A la première réunion,  6 des 14 personnes présentes décidèrent de créer le Centre avec leurs familles et amis: durant  un an et demi, tous travaillèrent énormément pour régler les problèmes financiers et commencer le projet, sans recevoir le moindre salaire… Au bout de ce temps, il décidèrent de transformer l’ancienne entreprise en coopérative sociale sans but lucratif. Le « challenge » de ces premières années : réussir la transition d’une structure commerciale en une structure «soutenable » …

Une expérience réussie :

Depuis 4 ans que le Mas existe, ils sont en moyenne une dizaine de permanents, plus 2 ou 3 volontaires ( qui ont leur propre quartier). Les décisions sont prises à l’unanimité, ce qui suppose énormément de discussions, ce qui fait à la fois la force et la faiblesse du projet, puisqu’il faut que tout le monde soit convaincu du bien-fondé des nouveaux projets. Les permanents sont bénévoles : ils sont logés/nourris, mais ne touchent pas de salaire, alors qu’ils travaillent d’arrache-pied. Ils restent en général 2 ans, l’exception étant Juan et Nur, que je n’ai pas rencontrés, mais qui sont au cœur du projet et qui restent au Mas et qui ont négocié un petit salaire et un statut. Certains sont catalans, ce qui est un énorme bonus pour le projet : Oscar, par exemple, a grandi dans un village voisin et apporte une réelle implication des locaux dans le projet, qui du coup, n’est pas «  une communauté d’étrangers » . Il a pris le temps d’expliquer et d’impliquer les municipalités voisines et de plus en plus de locaux participent aux événements de la communauté.

Il s’agit de personnes de tous horizons et nationalités, qui ont en commun l’envie d’expérimenter et de trouver des solutions pour un mieux-vivre ensemble. Chacun apporte ses compétences et ses envies et trouve sa place au Centre.  Il n’y a pas de ligne directrice au niveau religieux, spirituel ou même philosophique, ce qui aurait vite pu faire de la communauté un lieu fermé… Les volontaires : la liste d’attente est en permanence d’une trentaine de personnes, qui attendent de pouvoir participer à ce projet original. Ils y restent de quelques jours à quelques mois et parfois même deviennent permanents. Ils sont de toutes les nationalités, de tous les horizons culturels et professionnels.

  • LA PISCINE

Un petit coin de paradis… pour la plus grande piscine naturelle d’Espagne

Durant notre séjour, les volontaires et permanents préparaient le bassin pour accueillir une convention européenne sur les piscines naturelles, qui avaient choisi le Mas Franch pour les excellents résultats de sa piscine. Tout d’abord, le lieu est paradisiaque : le ponton de bois surplombe les bassins peu profonds où nagent grenouilles et tritons, avant d’arriver au grand bassin, plus classique.

La piscine existait déjà : un grand bassin, tout ce qu’il y a de plus traditionnel. Ce fut donc le premier chantier de la communauté : transformer l’existant pour en faire un lieu d’excellence écologique… Le travail accompli est impressionnant : création des bassins pour permettre à l’eau de se nettoyer, plantation des plantes issues de la rivière plus bas, création du trajet de l’eau, avec un tuyau qui arrive jusqu’au bassin dans le jardin en contrebas et une pompe qui ramène l’eau propre jusqu’à la piscine.

Des tests réguliers sont faits sur la qualité de l’eau par un biologiste : au début de l’été, l’eau de la piscine est pure et propre. Après un mois de baignades incessantes, avec une centaine de baigneurs venant plonger et jouer dans l’eau, les tests sont formels : l’eau est encore plus pure ! Elle l’est d’ailleurs tellement que des espèces de tritons en voie de disparition y ont trouvé un refuge et un lieu de reproduction, pour la plus grande surprise du biologiste ! La réponse à cette surprenante découverte est simple : les enfants qui remuent l’eau à grand renfort de plongeons et de « splash » contribuent à sa réoxygénation et à sa qualité : il existe donc une nouvelle règle au Mas Franch : on s’y baigne en faisant un maximum de remue-ménage !

  • LE POTAGER

Lui aussi est un des lieux d’expérimentation et de tentatives.

Le jardin lui-même a été dessiné selon des principes de permaculture. Il forme une spirale qui laisse la place pour des bandes de culture bien placées qui forment des cercles concentriques autour d’une jolie structure en noisetier qui supporte les pois de senteur. Le jardin est fermé par des clôtures vivantes de noisetier ou de saule, qui entrelacent leurs branches et repoussent malgré tout. Outre le côté harmonieux et esthétique de cette répartition, cela permet d’accéder à tous les parterres sans marcher sur les plate-bandes, cela permet aussi de tenter des cultures selon les sections du jardin.

D’un côté, le jardin en permaculture,qui produit l’été des légumes et herbes pour nourrir tous les résidents.

La terre y est recouverte d’une belle couche de fumier et de paille qui permet de limiter considérablement le nombre d’arrosage ( 3 ou 4 fois seulement l’été dernier). Un étang au fond du jardin, construit en recyclant le reste de plastique qui restait de la piscine, mais selon un autre principe, a un rôle très important : dans ses eaux plus stagnantes, sous les feuilles, se dissimulent des crapauds qui luttent activement contre limaces et escargots… et enchantent les jardiniers de leur chant guttural. Ce potager permet de nourrir la centaine de personnes présentes au Centre l’été!

D’un autre, le côté plus expérimental : le jardin « naturel » selon les principes de Masanobu Fukuoka:

Pour le moment, on y voit surtout les repousses d’ail et d’oignons… et les buttes auto-fertiles, qui permettent à la terre de se recharger… Les récoltes y sont moins abondantes pour le moment, mais les semis commencent à se refaire d’une année à l’autre. On dit qu’il faut 10 ans pour obtenir un vrai jardin naturel. Ici, on ne travaille pas la terre, mais on sème des plantes couvrantes qui permettent de ne pas avoir à nourrir la terre et qui sont comestibles. On laisse des légumes monter pour qu’ils se ressèment naturellement.

Le verger : les fruitiers sont peu à peu remplacés par des espèces locales.

La machine à faire germer :

C’est une bétonnière artisanale qui permet de mélanger à la main en tournant de l’argile et des graines : les graines sont alors tournées et entourées d’une couche d’argile : quand on les plantes, elles sont à l’abri des fourmis et oiseaux et elles germent d’autant plus vite que l’argile les nourrit.

  • LES EXPERIENCES RIGOLOTES

Le four et la plaque en argile : Voici deux petits monstres fort intéressants, qui remplissent efficacement leur rôle. La plaque chauffe plus vite qu’une plaque à gaz et permet aux volontaires de cuisiner de savoureux repas… quant au four, il enfourne pizzas et pains sans se plaindre…

La machine à laver-salle de gym : Machine à laver reliée à un vélo : il faut pédaler tranquillement durant 40 minutes et énergiquement durant 5 minutes. Ils sont en train de réfléchir pour installer un chevalet pour poser un livre en même temps…

L’air conditionné-bouteille : Dans les locaux des volontaires : entre leur chambre et la serre à côté, ils ont installé des trous dans le mur, remplis par des bouteilles en verre. L’hiver, elles chauffent l’air, grâce à leur capacité d’accumulation.L’été,  elles permettent de réguler la température en créant des courants d’air, selon le nombre de bouteilles qu’on retire du mur…

Les jeux pour petits et grands enfants : Il s’agit de cordes et de planches, reliés de façons à créer toutes sortes de jeux dans la forêt voisine : passerelle en corde, parcours de santé, hamacs suspendus… De quoi explorer et s’amuser de façon originale et réveiller l’enfant qui dort en nous !

  • LES COURS ET ATELIERS

Mois d’août : formation d’un mois en permaculture :

La volonté des membres du Mas Franch est de faire une formation accessible à tous (une des moins chères existant : 600€ pour le mois tout compris…)

Le groupe travaille sur l’agriculture, mais pas seulement : la permaculture se retrouve aussi dans la capacité d’un groupe à vivre et travailler ensemble naturellement. Chacun des groupes est différent et tous trouvent des solutions différentes : l’accent est mis sur la façon d’être présent et d’avoir un comportement responsable au sein d’un groupe… Il s’agit de groupes de 20-25 personnes. Les âges varient ( l’an dernier de 19 à 45 ans par exemple), les milieux sociaux-professionnels aussi ( agriculteurs, ingénieurs, étudiants…).

Il y a une mixité entre des participants locaux de la Garrotxa et des gens de plus loin ( d’Espagne, de France, mais aussi de Belgique, d’Angleterre, de Nouvelle-Zélande ou d’Argentine…) : les cours sont assurés en espagnol et en anglais.

La plupart des participants vient pour apprendre des solutions pratiques et soutenables pour des questions spécifiques. Ils ont choisi le mas Franch pour la qualité du travail effectué sur place et aussi pour les intervenants, des spécialistes reconnus dans leur domaine…  Beaucoup repartent en disant que finalement, ce qui leur a le plus apporté était les sessions « extra » sur le travail personnel… qui leur ont permis de découvrir et d’apprécier de nouveaux aspects d’eux-mêmes et des autres participants.

Les cours et professeurs :

–   Des professeurs connus et appréciés sur les sujets « traditionnels » de permaculture : agriculture, énergie, économies d’eau…

–   Les  membres du Mas pour les sujets suivants : théorie et pratique de la permaculture, travail émotionnel, communication non violente,  théâtre social etc.

Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à les contacter : http://www.masfranch.org/masfranch.php?idioma=3

Reportage (avril 2010) : Elena Hoyer pour Grains d’Ici, photos: Vincent Magrini, Elena Hoyer

Laisser un commentaire